L’intelligence artificielle : l’ignorer, la combattre, la fuir ou l’apprivoiser?

Qu’on se le tienne pour dit, l’intelligence artificielle (IA) est bien enracinée dans notre réalité. Son indéniable omniprésence se fait déjà sentir dans bon nombre d’industries, que ce soit sous forme d’assistants numériques personnels, de moteurs de recherche aiguillant leurs utilisateurs vers du contenu ciblé, de véhicules autonomes ou de caméras intelligentes capables de mener des inspections visuelles sur une chaîne de montage. Avec les économies de temps et d’argent jumelées aux gains de productivité que laissent miroiter ces technologies, force est de constater qu’il sera de plus en plus difficile d’ignorer le phénomène.

Sommes-nous sur le point de voir disparaître des professions dans les domaines du droit, du transport, de la fabrication, des services et des communications, pour ne nommer que ces quelques exemples? Qu’en est-il de la traduction professionnelle? Assiste-t-on à l’extinction des traducteurs et traductrices au profit de la traduction automatique? Selon des chercheurs des universités Oxford et Yale, l’IA aura dépassé le rendement humain en traduction d’ici l’an 2024[1]. Le temps serait-il venu de fermer les écoles de traduction?

Remettons les choses en perspective. Dans un passé pas si lointain, la traduction se faisait essentiellement sur papier, idéalement à proximité d’une bibliothèque où il fallait se rendre pour effectuer ses recherches documentaires et terminologiques. Puis, la technologie est venue graduellement faciliter la vie des professionnels de la traduction, avec les logiciels de traitement de texte, les bases de données terminologiques, l’accès aux innombrables ressources d’Internet et les systèmes de traduction assistée par ordinateur (TAO). Ceux et celles qui ont adopté ces outils en conviennent, leur productivité a monté en flèche, ce qui leur a permis de maintenir un revenu acceptable malgré la stagnation des tarifs.

Peut-être en ira-t-il autrement de l’IA, cet outil pas comme les autres, l’avenir nous le dira, mais il faut se rendre à l’évidence : rien ne sert de la combattre. Au contraire, il faut s’y intéresser au lieu de laisser l’évolution de cette technologie à la discrétion exclusive des experts de l’informatique. Si la perspective de consacrer ses journées à la postédition semble peu attrayante pour de nombreux traducteurs, il n’en tient qu’à nous, langagiers, de faire valoir notre expertise. Bien que la traduction littéraire échappe plus facilement aux dangers de l’automatisation, la traduction pragmatique professionnelle n’est pas encore prête à devenir l’apanage de machines qui ne « comprennent » pas le sens des textes qu’elles traitent. En fait, ces machines exécutent des transferts linguistiques basés sur des règles de programmation. Elles ne traduisent pas. C’est là que les traducteurs professionnels peuvent intervenir, en devenant les experts qui devraient savoir mieux que personne utiliser ces outils technologiques.

Quoi qu’il en soit, l’effet de l’intelligence artificielle sur la traduction professionnelle se fait sentir dans toutes les sphères de la profession, voire jusque dans l’enseignement de la traduction, comme en témoigne l’ajout d’un cours de postédition au cursus de l’Université de Montréal. On peut donc espérer que la profession n’est pas en extinction, mais qu’elle suit un processus de transformation qui passe fort probablement par l’apprivoisement de l’intelligence artificielle.

[1] Grace, K. J. Salvatier, A. Dafoe, B. Zhang et O. Evans, When will AI exceed human performance? Evidence from AI Experts, 3 mai 2018, page consultée le 22 août 2018

La localisation : néologisme justifié ou terme abusif?

Depuis de nombreuses années déjà, on entend le terme localisation utilisé à toutes les sauces pour désigner l’adaptation culturelle d’une traduction, notamment dans le domaine de l’informatique et des jeux vidéo. Pourquoi a-t-on senti le besoin d’intégrer ce terme au vocabulaire du marché de la traduction?

Selon le dictionnaire de français Larousse, la localisation se définit par « l’adaptation d’un produit, d’une activité productrice ou commerciale à une zone géographique, en fonction de divers facteurs naturels, techniques, économiques, culturels et sociaux ». À priori, cette définition ne concerne pas directement la traduction.

Toujours selon ce même dictionnaire, la traduction est « l’énonciation dans une langue cible de ce qui a été énoncé dans une langue source, en conservant les équivalences sémantiques et stylistiques ».

Dans l’encyclopédie libre Wikipédia, on dit que « la localisation linguistique est plus qu’une simple activité de traduction, car elle implique l’étude exhaustive de la culture cible afin d’adapter de la manière la plus appropriée le produit aux besoins locaux ». N’est-ce pas là une flagrante méconnaissance de ce qu’est la traduction?

Au cours de mes études universitaires, j’ai appris que la traduction était un processus global de transfert linguistique se caractérisant par la fidélité au texte de départ, le respect du ton de l’auteur, la maîtrise des langues de départ et d’arrivée, la rédaction idiomatique du texte d’arrivée de manière à ce qu’il soit compris du public cible et l’adaptation culturelle. Ce processus va donc bien au-delà de la définition sommaire qu’en fait le Larousse.

Il semble que la localisation au sens linguistique du terme découle de la mondialisation des marchés. Peut-être y a-t-on vu l’occasion de créer une niche?

Plus loin sur la page Wikipédia susmentionnée, on peut lire : « En plus de la traduction […], le processus de localisation peut également comprendre l’adaptation de graphiques, l’adoption des monnaies locales, l’utilisation de formats spécifiques pour la date, l’adresse ou le numéro de téléphone, le choix des couleurs et de nombreux autres détails, pouvant aller jusqu’à la redéfinition de la structure d’un projet ». Or, à part peut-être le choix des couleurs, les professionnels de la traduction prennent déjà toutes ces précautions avant de rendre leur document à leur client.

Au lieu de répondre à un besoin en créant la notion de localisation, on semble avoir segmenté le processus de traduction pour le dissocier de l’adaptation culturelle, pourtant implicite. La question reste entière : s’agit-il d’un néologisme justifié ou d’un terme abusif?

La tarification de la traduction

Dans le vaste monde des professions libérales, la tarification varie grandement entre les divers domaines et services auxquels on peut penser. Au Québec, les 46 ordres professionnels – dont la mission première est la protection du public – regroupent plus de 385 000 membres (par exemple, architectes, avocats, chimistes, comptables professionnels agréés, conseillers en ressources humaines, criminologues, dentistes, ingénieurs, médecins, notaires, pharmaciens, psychologues, travailleurs sociaux et traducteurs agréés). Afin d’obtenir leur agrément, tous ces professionnels ont dû suivre une formation reconnue et satisfaire aux critères de leur ordre respectif. Ils sont tous assujettis aux mêmes lois et règlements découlant du Code des professions, qui régit l’exercice de 54 professions au Québec.

Sur le plan des honoraires, les professionnels optent généralement pour un taux horaire déterminé, qui s’appliquera à tous les actes effectués pour le client. Par exemple, un avocat précisera sur sa note d’honoraires le temps consacré aux conversations téléphoniques avec le client, à la recherche d’information, aux rencontres, aux plaidoiries en cour, etc. Pour leur part, les dentistes facturent leurs services à leurs clients selon un barème déterminé pour les examens, les nettoyages, les unités de détartrage, les radiographies, etc. Qu’en est-il des traducteurs?

Les traducteurs en pratique privée facturent majoritairement leur travail au mot, mais on remarque une légère tendance vers la tarification à l’heure. La tarification, qu’elle soit au mot ou à l’heure, peut varier selon la nature du texte, le délai accordé pour exécuter le mandat et le travail supplémentaire requis, comme la mise en pages ou le traitement d’images, s’il y a lieu. Il est à noter que le travail de traduction nécessite d’abord une lecture attentive du texte de départ, une recherche contextuelle sur le sujet, le dépouillement terminologique du texte, puis la reformulation idiomatique du message dans la langue d’arrivée. Tout cela sans compter une condition essentielle : le traducteur professionnel doit aussi connaître de façon approfondie au moins deux langues et deux cultures. Plus qu’un « bilingue fonctionnel », il doit maîtriser la langue d’arrivée et connaître parfaitement les techniques du métier. Ce sont là des compétences qui s’acquièrent après de nombreuses années de formation. Ne s’improvise pas traducteur qui veut!

Les traducteurs suivent la tendance vers la facturation à l’heure pour les services professionnels qu’ils rendent, au même titre que leurs homologues des autres professions. Jusqu’à nouvel ordre, les deux modes de tarification cohabitent harmonieusement.

L’industrialisation de la traduction

La course au titre du plus grand fournisseur de services linguistiques au monde bat son plein, comme en témoigne l’acquisition récente de la société CLS Communication (propriétaire de Lexi-Tech) par Lionbridge. En effet, la fusion de tels géants témoigne du phénomène d’industrialisation que connaît le marché de la traduction depuis un certain temps.

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Le professionnalisme, ça compte!

Les avantages d’établir une relation à long terme avec un langagier professionnel

Comme il est commode et agréable d’avoir accès à un professionnel fiable que l’on peut consulter en cas de besoin. N’est-il pas rassurant de savoir que cette personne, qui connaît notre profil et nos besoins, saura nous fournir une solution personnalisée à la hauteur de nos attentes?

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Qu’est-ce qu’une bonne traduction?

À notre sens, une bonne traduction est un texte qui rend fidèlement, dans la langue d’arrivée, le message du document original. Ainsi, la qualité d’une traduction dépasse largement le transfert linguistique. Plusieurs facteurs doivent être pris en considération, comme la nature du document, le ton, le style rédactionnel et l’adaptation culturelle, pour ne nommer que ces quelques exemples. Lorsque l’on ne peut pas deviner qu’un texte est en fait une traduction, c’est mission accomplie pour le traducteur!

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